Le dopage en culturisme
Le dopage est indissociable de l'histoire du culturisme contemporain. Cette page décrit les substances utilisées, leurs effets documentés sur la santé et le cadre légal français, sans détailler de protocoles ni servir de guide d'usage. Le sujet relève d'un constat factuel, non d'une recommandation.
Les stéroïdes androgènes anabolisants (AAS)
Les stéroïdes androgènes anabolisants (AAS) sont des dérivés synthétiques de la testostérone, conçus à l'origine pour des indications médicales (hypogonadisme, anémies, pertes musculaires associées à certaines pathologies). Ils possèdent deux effets : androgène (effet masculinisant) et anabolisant (synthèse protéique musculaire). La proportion entre les deux varie selon la molécule.
Sur le plan pharmacologique, les AAS se lient aux récepteurs androgéniques des cellules musculaires, augmentent la synthèse protéique et réduisent le catabolisme. À doses suprathérapeutiques utilisées en culturisme, ils permettent une hypertrophie bien au-delà de ce qu'autorise la physiologie naturelle, ainsi qu'une récupération accélérée et une réduction de la masse grasse.
Composés courants
Les AAS principaux référencés dans la littérature :
- Testostérone (énanthate, cypionate, propionate, undécanoate) — molécule de base, esters variant en demi-vie
- Nandrolone — dérivé à activité anabolique marquée, demi-vie longue
- Trenbolone — puissance anabolique élevée, profil androgène marqué
- Oxandrolone — molécule orale à effet relativement modéré
- Stanozolol — molécule orale ou injectable, profil sec
- Methandrostenolone (Dianabol) — premier AAS oral popularisé en culturisme dans les années 1960
Les SARMs
Les Selective Androgen Receptor Modulators (SARMs) sont des molécules en développement pharmaceutique conçues pour reproduire les effets anabolisants des AAS sans leurs effets androgènes systémiques (prostate, peau, alopécie). Aucun SARM n'a à ce jour reçu d'autorisation de mise sur le marché pour usage humain dans les principales agences réglementaires (FDA, EMA, ANSM).
Leur diffusion dans le milieu sportif passe par des canaux non régulés, sans garantie sur la pureté ni sur la composition réelle des produits commercialisés. Les effets indésirables documentés incluent suppression hormonale, atteinte hépatique et profils cardiovasculaires défavorables. Les SARMs figurent sur la liste des substances interdites par l'AMA depuis 2008.
hGH, IGF-1, insuline et peptides
Au-delà des AAS et des SARMs, plusieurs autres composés circulent dans le milieu :
- Hormone de croissance humaine (hGH) : indication médicale dans les déficits avérés, utilisée en culturisme pour ses effets anabolisants modérés et lipolytiques
- IGF-1 (insulin-like growth factor 1) : médiateur des effets de la GH, utilisé directement dans certains protocoles
- Insuline : détournée pour ses effets sur le stockage du glycogène musculaire et de protéines, à risque d'hypoglycémie sévère parfois fatale
- Peptides sécrétagogues (GHRH, GHRP, ghreline mimétiques) : stimulent la production endogène de GH
- Diurétiques, clenbutérol : utilisés en phase finale de sèche pour parfaire la condition
Effets documentés sur la santé
La littérature médicale documente un ensemble d'effets indésirables liés à l'usage chronique d'AAS à doses suprathérapeutiques. Les travaux de Harrison Pope et de son équipe à l'Université Harvard sur les utilisateurs masculins de stéroïdes anabolisants constituent l'une des références principales sur le sujet.
- Cardiovasculaire : hypertrophie cardiaque concentrique, réduction de la fraction d'éjection, dyslipidémie marquée (chute du HDL, hausse du LDL), hypertension artérielle, événements thrombotiques
- Hormonal : suppression de l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique, atrophie testiculaire, infertilité parfois réversible, gynécomastie par aromatisation
- Hépatique : hépatotoxicité marquée pour les molécules orales 17-alpha-alkylées (cholestase, adénomes hépatiques)
- Cutané et capillaire : acné sévère, alopécie androgénétique accélérée chez les sujets prédisposés
- Psychiatrique : irritabilité (« roid rage »), agressivité, troubles dépressifs, dépendance comportementale, syndrome de sevrage post-cycle dépressif documenté
- Spécifique aux femmes : virilisation (voix, pilosité, hypertrophie clitoridienne), souvent partiellement irréversible
Surmortalité chez les ex-professionnels
Plusieurs études de cohorte sur les anciens compétiteurs de haut niveau documentent une surmortalité significative comparée à la population générale appariée — notamment d'origine cardiovasculaire et de causes sportives spécifiques. La fréquence de décès survenus avant 50 ans dans les rangs des ex-professionnels modernes du Mr. Olympia depuis les années 1990 est notable et largement relayée dans la presse spécialisée.
Cadre légal français
En France, l'usage et la détention d'AAS hors prescription médicale relèvent à la fois du Code du sport et du Code de la santé publique :
- Article L232-9 du Code du sport : interdit l'utilisation et la détention de substances figurant sur la liste des produits dopants en compétition, sanctions sportives par les fédérations et l'AFLD
- Code de la santé publique : les AAS sont classés comme substances vénéneuses sur la liste II ; cession et détention hors prescription constituent des infractions pénales
- AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) : autorité indépendante chargée des contrôles antidopage en compétition et hors compétition pour les sportifs licenciés
- Importation et trafic : sanctions douanières et pénales aggravées en cas de cession à autrui
Au niveau international, l'Agence Mondiale Antidopage (AMA / WADA) maintient une liste mise à jour annuellement des substances interdites en compétition et hors compétition, applicable via le Code mondial antidopage par les fédérations sportives reconnues. Voir les fédérations.
Place dans l'histoire de la discipline
L'usage de stéroïdes anabolisants en culturisme remonte aux années 1950-1960, avec la commercialisation de la methandrostenolone (Dianabol) à partir de 1958 et son adoption rapide par les compétiteurs. L'âge d'or américain est concomitant de la diffusion de ces substances. L'inflation des gabarits depuis les années 1990 — voir l'ère moderne — est en grande partie corrélée à l'élargissement de l'arsenal pharmacologique. Voir aussi le rôle des hormones.